Dans une étude collaborative internationale coordonnée par le Pr Y. Allanore, plus de 300 patients atteints de sclérodermie systémique ont bénéficié d'une analyse sanguine afin d'identifier des biomarqueurs précoces de l'atteinte pulmonaire.
En collaboration avec la plateforme de protéomique de l'Institut Cochin, les chercheurs ont analysé plus de 1 500 protéines plasmatiques et mis en évidence deux biomarqueurs prometteurs : la protéine SP-D (surfactant protein D), dont l'augmentation est associée à la présence d'une fibrose pulmonaire, et la MMP-8 (matrix metalloproteinase-8), dont un taux élevé est prédictif d'un risque de progression de cette fibrose dans les deux années suivantes.
Validés dans plusieurs cohortes indépendantes réparties sur trois continents, ces résultats ouvrent la voie au développement de tests sanguins pour identifier plus précocement les patients à risque et adapter leur suivi. Des études complémentaires, portant sur des effectifs plus importants, seront toutefois nécessaires avant une utilisation en pratique clinique courante.
La sclérodermie systémique est une maladie auto-immune rare qui provoque un épaississement anormal de la peau et peut toucher plusieurs organes internes. Parmi ses complications les plus graves figure l'atteinte pulmonaire interstitielle, une forme de fibrose qui touche environ un patient sur deux et qui est aujourd'hui la première cause de décès liée à cette maladie. Chez certains patients, cette fibrose progresse rapidement et détériore la fonction respiratoire de façon irréversible - on parle alors de « fibrose pulmonaire progressive ».
Le problème pour les médecins est de savoir, au moment du diagnostic, quels patients verront leur maladie pulmonaire s'aggraver et lesquels resteront stables. Des traitements immunosuppresseurs et antifibrosants existent, mais leur bon usage suppose de pouvoir identifier tôt les patients à risque. C'est là qu'interviennent les biomarqueurs sanguins qui pourraient signaler, avant même que les symptômes ne s'aggravent, qui a besoin d'une surveillance renforcée.
Pour identifier ces biomarqueurs, les auteurs ont choisi une approche « non biaisée »
en analysant sans a priori l'ensemble des protéines présentes dans le sang de patients atteints de sclérodermie, grâce à une technique de spectrométrie de masse à haut débit.
L'étude s'est déroulée sur un total de 315 patients répartis dans cinq centres : une cohorte de découverte (45 patients parisiens) dont l'analyse protéomique a permis de passer au crible plus de 1 500 protéines circulantes ; une cohorte de réplication (157 patients, Paris, Bordeaux, Leeds), destinée à confirmer les résultats obtenus et une seconde cohorte de réplication (113 patients, Milan, Tokyo), pour vérifier la robustesse des résultats à l'échelle internationale.
Sur les quelques 1 500 protéines détectées, 44 étaient associées à la présence d'une atteinte pulmonaire et 51 à sa progression. Après un travail de sélection rigoureux, quatorze protéines candidates ont été retenues pour validation et au fil des analyses, deux protéines se sont montrées particulièrement fiables :
La protéine SP-D (surfactant protein D), déjà connue comme marqueur des lésions des cellules pulmonaires, s'est révélée nettement plus élevée chez les patients présentant une atteinte pulmonaire que chez ceux qui en étaient exempts. Elle apparaît ainsi comme un bon indicateur diagnostique de la présence d'une fibrose pulmonaire.
La protéine MMP-8 (une enzyme produite notamment par les globules blancs, impliquée dans la dégradation de la matrice des tissus) s'est distinguée comme marqueur de progression : ses concentrations sanguines étaient systématiquement plus élevées chez les patients dont la maladie pulmonaire s'aggravait, comparativement à ceux dont elle restait stable.
Ces résultats suggèrent que le dosage sanguin de SP-D pourrait, à terme, aider à repérer une atteinte pulmonaire chez des patients atteints de sclérodermie, tandis que MMP-8 pourrait servir d'outil de pronostic pour anticiper une aggravation. Associés aux paramètres cliniques déjà utilisés en pratique, ces biomarqueurs pourraient contribuer à une médecine personnalisée : identifier plus tôt les patients justifiant une surveillance renforcée ou une adaptation thérapeutique, à l'heure où de nouveaux traitements antifibrosants font leur apparition.
Cette recherche ouvre donc une piste concrète vers des outils sanguins simples pour mieux accompagner les patients atteints de cette maladie rare et souvent silencieuse jusqu'à un stade avancé. Toutefois, les auteurs restent prudents et des études plus larges, avec une validation clinique complète, seront nécessaires avant d'envisager une utilisation en routine.
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High-throughput plasma proteomics reveals circulating biomarkers of interstitial lung disease and progressive pulmonary fibrosis in systemic sclerosis.
Elias Gerges, Anne Cauvet, Margot Guedot, Mélodie Dahan, Mathieu Mairet , Jérôme Avouac, Camille Gobeaux, Emilie-Fleur Gautier, Morgane Le Gall, Guilhem Clary, Louis Bébéar, Marie-Elise Truchetet, Panji Mulipa, Costanza Monterosso, Rebecca L. Ross, Masataka Kuwana, Yuichiro Shirai, Raffaella Molteni, Corrado Campochiaro, Marco Matucci-Cerinic, Claudia Iannone, Francesco Del Galdo, and Yannick Allanore*.
* Corresponding author: Pr Yannick Allanore (yannick.allanore@aphp.fr)