Mécanismes physiopathologiques de l'Hidrosadénite Suppurée
Carmen AL YOUSSEF
22
mai 2026
Infos pratiques
L’hidrosadénite suppurée (HS) est une maladie cutanée inflammatoire chronique qui affecte les grands plis cutanés en entrainant des lésions inflammatoires récidivantes (nodules et abcès). Elle s’associe à une morbidité importante et à une altération majeure de la qualité de vie. Bien que relativement fréquente (1-2% de la population), il n’existe pas encore de traitements curatifs. Le manque de compréhension des mécanismes cellulaires et moléculaires impliqués dans l’initiation et la progression de la maladie limite le développement de stratégies thérapeutiques ciblées. Cette thèse visait à étudier deux complications de l’HS : le développement de la fibrose dermique, et le risque de carcinome épidermoïde cutané non UV-induit, ainsi qu’à identifier les mécanismes impliqués dans la pathogénèse des HS de phénotype folliculaire. En étudiant des échantillons de patients HS, nous avons montré que la cadhérine 11 (CDH11) était surexprimée dans les fibroblastes d’HS. En utilisant des fibroblastes primaires de patients HS et d’individus sains, nous avons mis en évidence le rôle de CDH11 dans la fibrose dermique liée à l’HS. En effet, CDH11 modifie la signature transcriptomique des fibroblastes et affecte les voies de signalisation de la fibrose, de la régulation de la matrice extra-cellulaire, et de l’inflammation. Il existe une boucle d’activation entre CDH11 et le TGF-b, et CDH11 augmente la production de collagène et du TGF-b. En parallèle, CDH11 induit la translocation nucléaire de YAP et active la transcription des gènes cibles de YAP. Ces résultats montrent le rôle de CDH11 dans la fibrose dans l’HS et suggèrent l’exploration d’approches thérapeutiques ciblant CDH11. La survenue de carcinomes épidermoïdes non UV-induits (cSCC non UV-induits) sur les zones d’inflammation chronique est une des comorbidités graves de l’HS. Nous avons étudié une cohorte rétrospective de 31 patients atteints de cSCC non UV-induits liés à l’HS ou d’autres étiologies. Un séquençage d’ADN de 523 gènes du cancer a révélé que le paysage génétique de ces cSCC était différent des cSCC UV-induits. KMT2B a été identifié comme le seul gène le plus muté dans les cSCC non UV-induits. Nous avons mis en évidence son rôle dans la migration des cellules cSCC in-vitro indiquant son rôle probable dans la pathogenèse des cSCC non UV-induits. Pour identifier les mécanismes impliqués dans la pathogénèse des HS de phénotype folliculaire, nous avons réalisé un séquençage en cellules uniques (protocole Chromium Single Cell Gene Expression Flex, 10X Genomics) de peaux lésionnelles de patients atteints d’HS folliculaires et en les comparant avec des échantillons de patients atteints d’HS typique à un stade précoce de la maladie. Ces résultats apportent une meilleure compréhension des mécanismes physiopathologiques de l’HS folliculaire. En conclusion, ce travail a permis d’identifier le rôle de CDH11 dans la fibrose dermique survenant au cours de l’HS et des mutations de KMT2B dans la pathogenèse des cSCC non UV- induits. Enfin, elle a permis d’explorer la physiopathologie des HS de phénotype folliculaire.
Encadrante: Dr. Benedicte Oulès
Equipe: Aractingi-Fontaine (Biologie cutanée)