Des Treg activés au cœur de l'évolution des syndromes myélodysplasiques

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Les syndromes myélodysplasiques, SMD, sont des maladies de la moelle osseuse qui provoquent des cytopénies (manque de globules rouges, blancs ou plaquettes) et qui peuvent évoluer vers une leucémie aiguë. On sait que le système immunitaire joue un rôle important dans cette évolution, notamment via les lymphocytes T régulateurs (Tregs), des cellules dont le rôle normal est de freiner les réponses immunitaires. Des chercheurs et cliniciens de l'hôpital et de l’Institut Cochin ont identifié, grâce à un travail collaboratif international, un sous-type particulier de Tregs dans la moelle osseuse de patients atteints de SMD, dont le niveau permettrait de prédire le risque d'aggravation de la maladie, indépendamment des outils pronostiques déjà utilisés en clinique.

Les Treg activés CD95⁺/CD45RA⁻ identifient un profil immunosuppresseur associé à la progression des syndromes myélodysplasiques

En analysant la moelle osseuse de 113 patients atteints de SMD, ainsi que de 53 personnes sans SMD servant de témoins, les chercheurs ont identifiés deux familles de Tregs grâce à deux marqueurs de surface, CD95 et CD45RA. La première famille correspond à des Tregs "naïfs", plutôt inactifs. La seconde, baptisée Tregs CD95⁺/CD45RA⁻, regroupe des cellules très activées et fortement immunosuppressives, déjà repérées auparavant dans une autre maladie de la moelle, l'aplasie médullaire.
Dans cette étude, la quantité globale de Tregs ne différait pas entre patients SMD et témoins, quel que soit le stade de la maladie. En revanche, la proportion de Tregs CD95⁺/CD45RA⁻ était plus élevée chez les patients SMD, dès le diagnostic, et augmentait encore davantage dans les formes plus graves, ce qui suggère une accumulation progressive de ces cellules très immunosuppressives dans la moelle au fil de l'évolution de la maladie. Cette accumulation se poursuivait dans le temps chez les patients dont la maladie s'aggravait, mais restait stable chez ceux qui répondaient bien à un traitement par agents hypométhylants (médicaments comme l'azacitidine qui constituent aujourd'hui le traitement de référence des formes de SMD à risque plus élevé et qui agissent en modifiant l'expression des gènes des cellules anormales de la moelle).  À l'inverse, un faible taux de ces Tregs était associé à des mutations des gènes TET2/IDH et à la présence de maladies auto-immunes associées. Le résultat le plus marquant reste que les patients ayant un taux élevé de ces Tregs dès leur entrée dans l'étude présentaient un risque significativement plus élevé de progression de leur maladie, avec une survie sans progression réduite, et ce indépendamment des scores pronostiques déjà utilisés en clinique, l'IPSS-R et l'IPSS-M. Ces deux scores servent aujourd'hui de référence pour classer les patients en fonction de leur risque : l'IPSS-R combine des paramètres sanguins, le pourcentage de cellules anormales dans la moelle et les anomalies chromosomiques, tandis que l'IPSS-M, plus récent, y ajoute les mutations génétiques identifiées par séquençage.
Ce travail suggère donc qu'en complément des scores pronostiques classiques, fondés sur la génétique et les paramètres sanguins, mesurer ce sous-type précis de Tregs dans la moelle osseuse pourrait aider à mieux identifier, dès le diagnostic, les patients à risque de progression rapide, notamment ceux classés à faible risque mais qui évoluent en réalité plus vite que prévu. Cela pourrait également permettre de mieux cibler les patients susceptibles, ou non, de bénéficier d'un traitement immunosuppresseur. Les auteurs restent toutefois prudents et soulignent que l'étude porte sur des proportions relatives de cellules, et non sur des comptes absolus, certains sous-groupes analysés restant de taille modeste. Des études complémentaires, notamment sur le sang périphérique plutôt que sur la moelle osseuse, seront nécessaires pour confirmer et affiner ces résultats.

Référence de l’article :

High frequency of CD95+/CD45RA- regulatory T cells defines an immunosuppressive profile associated with MDS progression. 
Vazquez R, Deredec N, Boussaid I, Boncoeur P, Knosp C, Houvert A, Zalmai L, Friedrich C, Almire C, Dussiau C, Willems L, Birsen R, Decroocq J, Bouscary D, Kosmider O, Kordasti S, Fontenay M, Simoni Y, Chapuis N. 
Br J Haematol. 2026 Jun;208(6):1993-2003

Le commentaire sur l'article :

Selig M, Penter L. Not all Tregs in MDS are created equal. Br J Haematol. 2026 Jun;208(6):2332-2334. doi: 10.1111/bjh.70503. Epub 2026 Apr 23. PMID: 42025585.

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Nicolas Chapuis

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