Certaines personnes, appelées Highly Exposed SeroNegative (HESN), ne contractent pas le VIH malgré malgré des rapports sexuels non protégés avec des partenaires séropositifs. Leur système immunitaire représente un modèle unique pour comprendre les mécanismes naturels de protection contre l’infection par le VIH.
Les chercheurs ont concentré leurs l’analyses sur les anticorps spécifiques présents dans les muqueuses, les IgA, qui forment une première ligne de défense et qui joue un rôle clé dans cette protection. Chez les HESN, ces IgA ciblent une région particulière de la protéine virale gp41, empêchant le virus de fusionner avec les cellules et bloquant ainsi l’infection. Autrement dit, ils ferment la « porte d’entrée » que le virus utilise.
À partir de cette découverte, les checheurs ont caractérisé l’épitope d’une de ces IgA comprenant un petit segment de chacune des deux helices qui forment gp41, cet épitope ayant donc « deux bras ». Cet épitope a été synthétisé comme un peptide de 12 acides aminés, nommé P7. De manière inattendue, les chercheurs ont montré que P7 reproduisait l’action de ces anticorps protecteurs. P7 se fixe sur gp41 et empêche le virus d’effectuer les changements structuraux nécessaires à la fusion avec la membrane cellulaire. Sa configuration originale en « deux bras » lui permet de cibler simultanément deux parties de gp41, bloquant la fusion avec la cellule, une étape clé de l’entrée virale. En effet, le peptide P7 agit comme un inhibiteur mimant la protection muqueuse naturelle observée chez les HESN. Au contraire, les IgG anti VIH neutralisants à large spectre sur lesquels se focalise la recherche vaccinale anti-VIH sont circulants dans le sang.
P7 est actif contre plusieurs souches de VIH, y-compris les souches dites « fondatrices » (celles responsables des infections initiales), ce qui montre son large spectre d’efficacité. En plus de son action antivirale directe, P7 pourrait également servir d’immunogène dans de nouvelles stratégies vaccinales en reproduisant la protection naturelle observée chez les HESN selon le principe de la vaccinologie inverse.
En combinant des propriétés antivirales et immunogènes, P7 représente une piste prometteuse pour le développement de traitements innovants et de vaccins contre le VIH, ouvrant de nouvelles perspectives dans la lutte contre cette infection.
Légende de la figure : Chez les personnes exposées au VIH mais restant séronégatives, donc protégées de l’infection, les IgA muqueux contribuent à la protection contre le VIH en se liant spécifiquement à l’enveloppe virale et en empêchant ainsi l’infection. Le peptide P7 est l’épitope conformationnel reconnu par l’un de ces IgA muqueux identifié criblage d’une banque de peptide aléatoires puis par modélisation in silico. Ce peptide P7 se lie à l’enveloppe du VIH et bloque la fusion du virus avec la cellule cible in vitro, ce qui empêche l’infection des cellules cibles par le VIH. La lipidation du peptide (Lipo-P7) augmente son activité antivirale. De plus cette lipidation peut avoir un rôle d’adjuvant dans une stratégie vaccinale. Ce candidat vaccin Lipo-P7 est actuellement évalué pour sa capacité à induire des anticorps IgA protecteurs contre le VIH in vivo.
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Sahnoune I, Cottignies-Calamarte A, Dauvilliers A, Essemiah K, Bouceba T, Piesse C, Tudor D, Bomsel M. The conformational epitope of a gp41-specific mucosal protective IgA binds to the HIV-1 envelope and neutralizes infection. Acta Pharmacol Sin. 2025 Nov;46(11):3009-3021. doi: 10.1038/s41401-025-01535-5. Epub 2025 Jun 5. PMID: 40473821; PMCID: PMC12552590.