Il n'est pas nécessaire d'être « défoncé » pour prévenir le VIH-1

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Image de produits contenant du CBD.

Le cannabidiol (CBD), un composé présent dans la plante de marijuana, est réputé bénéfique pour soulager la douleur et divers symptômes. Cependant, les données scientifiques concrètes démontrant son efficacité font souvent défaut. Une étude récente publiée dans Mucosal Immunology révèle une nouvelle fonction antivirale du CBD. Les auteurs montrent que le CBD est capable de prévenir l'infection par le VIH-1 (virus de l'immunodéficience humaine de type 1) dans les épithéliums génitaux, en agissant sur toutes les cibles cellulaires immunitaires du virus. Les scientifiques proposent donc une nouvelle stratégie de prévention du VIH-1 qui consisterait à repositionner les produits contenant du CBD disponibles dans le commerce pour prévenir l’infection (stratégie qu'ils appellent « CBD PrEP »).

Les cannabinoïdes sont utilisés depuis des siècles à des fins récréatives et médicinales

Le cannabis médical désigne l'utilisation de produits contenant du CBD dérivé de la plante de marijuana (Cannabis sativa) prescrits par les cliniciens pour traiter diverses affections. Les données émergentes, ainsi que la croyance répandue dans le grand public selon laquelle le CBD, composé non psychoactif, serait bénéfique, font de ce dernier un candidat thérapeutique prometteur pour soulager les symptômes de certaines maladies. Cependant, l'autorisation du CBD en tant que produit à usage médical reste limitée, et les études sur le CBD sont moins rigoureuses que celles menées sur les médicaments conventionnels, ce qui se traduit par des données scientifiques limitées pour démontrer son efficacité.

Le CBD est un immunomodulateur qui possède des propriétés immunosuppressives et anti-inflammatoires

Une particularité du CBD est son mécanisme d'action : il active le canal ionique TRPV1 (« transient receptor potential vanilloid 1 ») avec une affinité plus élevée que ses récepteurs CB1 et CB2. Le TRPV1 est exprimé par les neurones sensoriels périphériques qui transmettent la douleur, appelés nocicepteurs, et son activation aboutit à la transmission de l'information douloureuse à notre cerveau. Parallèlement, l'activation du TRPV1 induit la libération, par les terminaisons nociceptives libres qui innervent tous les épithéliums muqueux, du neuropeptide CGRP (« calcitonin gene-related peptide »), reconnu aujourd’hui comme un modulateur neuro-immunitaire important.

Des études antérieures dirigées par le Dr Yonatan GANOR, au sein de l'équipe « Entrée muqueuse, persistance et contrôle neuro-immunitaire du VIH-1 et d'autres virus » à l'Institut Cochin à Paris, ont révélé que le CGRP possède une fonction antivirale protectrice inattendue : le CGRP inhibe l'infection par le VIH-1 en agissant sur les cellules de Langerhans (CL) qui résident dans les épithéliums génitaux, en les empêchant de transférer le VIH-1 à ses principales cibles cellulaires, les lymphocytes T CD4. L'équipe a également découvert que les CL expriment le récepteur TRPV1, dont l'activation induit la sécrétion de CGRP.

Dans la présente étude de l'équipe, réalisée par le chercheur postdoctoral Dr Caio César Barbosa Bomfim et publiée dans Mucosal Immunology, les scientifiques ont donc cherché à déterminer si le CBD pouvait être utile contre le VIH-1, en activant le TRPV1 et en induisant la libération de CGRP. Les scientifiques ont étudié de manière systématique les effets du CBD sur les différents types de cellules immunitaires de la muqueuse ciblées par le VIH-1 : les CL, les cellules dendritiques (CD), les macrophages et les lymphocytes T CD4. Les résultats étaient impressionnants : l'étude montre que le CBD active le TRPV1 et inhibe l'infection par le VIH-1 dans chacun des quatre types cellulaires.

Les mécanismes étaient toutefois différents

Le CBD inhibait le transfert du VIH-1 des CL aux lymphocytes T CD4, et l'infection directe des macrophages par le VIH-1, par des mécanismes impliquant le CGRP. Le CBD inhibait également le transfert du VIH-1 des CD aux lymphocytes T CD4 et l'infection directe des lymphocytes T CD4 par le VIH-1, mais ces mécanismes étaient indépendants du CGRP. Ces expériences in vitro ont été complétées par la démonstration que le CBD contrôle la transmission du VIH-1 ex vivo. Lorsque des explants de tissu du prépuce interne ont été prétraités avec du CBD, puis infectés par le VIH-1, le CBD a totalement bloqué la formation de conjugués CL-lymphocytes T (permettant le transfert du VIH-1) et a presque complètement empêché l'infection des lymphocytes T CD4.

Quel pourrait être l'impact de cette étude ?

Malgré l'existence de stratégies préventives de prophylaxie préexposition (PrEP), illustrées récemment par l’extraordinaire efficacité des médicaments antirétroviraux injectables à longue durée d'action, le VIH-1 demeure un problème de santé publique mondial. La PrEP présente des limites, notamment en raison de son coût, manque de l'accès et de l'adhésion au traitement, de la stigmatisation, des effets secondaires indésirables et de la résistance éventuelle. Les scientifiques proposent une alternative, qu'ils appellent « CBD PrEP », qui consisterait à repositionner les produits contenant du CBD disponibles dans le commerce en tant que nouveaux microbicides à des fins de prévention clinique du VIH-1. À présent, des études supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l'efficacité du CBD in vivo, notamment celle des lubrifiants déjà formulés qui contiennent du CBD et qui sont destinés à une utilisation topique pendant les rapports sexuels (la principale voie de transmission du VIH-1). Même si elle n'offre qu'une protection partielle contre l'infection par le VIH-1, la CBD PrEP pourrait néanmoins constituer une alternative de prévention sans thérapies antivirale, pallier les limites de la PrEP, et contribuer à réduire la charge mondiale du VIH-1, en particulier dans les pays à revenu moyen et faible où les mesures préventives sont les plus nécessaires.
Cette étude a été financée par SIDACTION.

Le cannabidiol (CBD) inhibe la transmission muqueuse du VIH-1.

Les mécanismes de transmission du VIH-1 impliquent un transfert viral indirect vers les lymphocytes T CD4 à partir des cellules de Langerhans (CL) ou des cellules dendritiques (CD), ainsi qu'une infection directe des macrophages ou des lymphocytes T CD4. Ces quatre types de cellules muqueuses humaines expriment le récepteur CGRP, les récepteurs TRPV1 et CB1/2, comme le montrent la présente étude et les travaux antérieurs de l'équipe. Dans les CL (1), le CBD active le TRPV1, ce qui entraîne la sécrétion de CGRP qui inhibe ensuite le transfert du VIH-1 des CL vers les lymphocytes T CD4. Dans les macrophages (2), le CBD inhibe l'infection directe par le VIH-1 en activant le TRPV1 et en induisant la sécrétion de CGRP ayant des effets anti-VIH-1, ainsi qu'en activant le récepteur CB2. Dans les CD (3) et dans les lymphocytes T CD4 (4), le CBD active le TRPV1 et inhibe le transfert du VIH-1 des CD vers les lymphocytes T CD4 et l'infection directe des lymphocytes T CD4, par des mécanismes indépendants du CGRP.

Publication

Barbosa Bomfim CC, Génin H, Mariotton J, Matias I, Cota D, Barry Delongchamps N, Zerbib M, Bomsel M, Ganor Y. Cannabidiol prevents mucosal HIV-1 transmission by targeting Langerhans cells, dendritic cells, macrophages and T-cells. Mucosal Immunol. 2026.

Texte

Yonatan Ganor

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